La Route des Grandes Alpes 2012
Il faut que je vous raconte ce qui m'est arrivé récemment.
Cette année comme les précédentes, je me suis joint à la troupe du VARP pour parcourir la Route des Grandes Alpes. Mais cette fois, plusieurs changements étaient au programme. Ma femme et moi passerions par l'Italie pour nous rendre au point de départ, la RGA se ferait du Sud au Nord et surtout c'est l'Elise qui nous servirait de caisse à savon (c'était sa toute première). Le parcours alpin réserve toujours son lot de surprises. Les deux dernières années, nous avions été surpris par la transhumance en sortie de virage. L’Elise a reçu quelques améliorations cet hiver et pourtant, tout a bien failli finir avant de commencer.
Descente italienne
L'Elise est chargée à bloc, le moral aussi. Il faut dire que c'est déjà une grande victoire de pouvoir y mettre un sac 48h (affaires pour deux), une pompe pour les pneus, un coffret à douilles et cliquet, des ampoules de rechange, la capote pluie et sa structure et j'en passe. Les deux duvets ne rentrant pas dans le coffre, ma femme m'a suggéré une solution: les comprimer dans un sac sous vide. Ca passe bien derrière les sièges. Bravo Chérie! Départ ce vendredi 8h10, nous faisons la route avec Matt et son Speedster turbo. Nous nous moquons des travailleurs qui vont à leur bureau. Le soleil est au beau fixe et les premiers coups de soleil commencent à nous chatouiller. Satanée crème solaire, il faut vraiment en abuser. Nous traçons la route rapidement sur l'autoroute jusqu'au tunnel du Fréjus. Et ensuite, c'est la Dolce Vita! Enfin presque. Matt surveille son niveau d’eau qui semble baisser. Finalement non, tout va bien.
Pause casse croûte et ravitaillement à la station Totalerg avant Pinerolo. Cette fois, c’est l'Elise qui fait des siennes. Elle ne veut plus redémarrer. Ca commence fort! Le démarreur se lance mais la pompe à essence ne s'active plus. Contrôle de tous les fusibles, je ne trouve rien d'anormal. Mince, c'est peut être un relais et je n'en ai aucun en rechange. Les gérants de la station nous aident à mettre la Lotus à un endroit qui ne gêne pas le passage.
Nous nous creusons la tête. J'opère une coupure batterie, débranchement de tous les relais-calculateur. Après cinq minutes d'attente, je rebranche tout et remets le jus. Tentative de démarrage... toujours aucun son de la pompe à essence et en plus, le stack est totalement éteint. Je commence à transpirer d’angoisse. Il faut se rendre à l’évidence, il nous faudrait un foutu miracle. La mort dans l'âme, je me résigne à appeler Mondial Assistance. On m'annonce que la voiture sera transférée dans le garage le plus proche. Je rappelle que la voiture ne peut être réparée que par un spécialiste. Et on me répond que l'Elise sera transportée au garage agréé le plus proche en Italie. Les gérants de la station sont compréhensifs et nous autorisent à utiliser leur accès internet. Le point Lotus le plus proche en Italie se situe à Milan, c'est à deux heures d'ici! Je me sens mal et ne sais toujours pas dans quelles conditions nous allons être rapatriés. Je prends les coordonnées de Bauden Racing car la distance doit être équivalente avec Milan. Deux dépanneuses arrivent, juste pour ravitailler. L'une d'elles est badgée Mondial Assistance. Je vais voir le dépanneur et il me fait comprendre qu'il est en attente de mission. Rappel de Mondial Assistance pour les avertir qu'une de leurs dépanneuses est juste à coté. Je suis informé que nous devons attendre une autre dépanneuse. Quand arrivera t-elle? Aucune estimation. Tristesse des temps modernes où la technologie règne mais n'aide en rien les êtres humains...
Enfin qu'importe, mes tracasseries vont vers ce beau week end avorté et ma femme qui garde le sourire. En attendant la dépanneuse, nous nous désaltérons et réfléchissons encore. Je repense à l'inertia switch qui coupe l'arrivée d'essence en cas d'accident. Mais j'ai toujours peu d'espoir. Essai à nouveau, en vain. Je téléphone à Bauden Racing pour le prévenir que je vais essayer de rapatrier la voiture chez lui. Très professionnel, il me donne quelques pistes. Mais rien de nouveau, j'ai déjà tout essayé. Flûte de flûte ! Nous appelons maintenant un copain mécano varpien qui connaît bien les Lotus S1. Il nous oriente sur les problèmes probables d'alimentation électrique de la pompe ou de mise à la masse. Je vire les duvets et démonte la trappe d’accès à la pompe. Je ne vois et ne sens rien de particulier. Je bouge les câbles à la main, on ne sait jamais. Contact, toujours rien. Matt a des câbles de batterie. Nous branchons sa batterie sur la mienne et encore une fois, sans succès. Pendant près d'une demi heure, nous tentons des mises à la masse à différents endroits. Toujours rien. Cela fait maintenant plus de deux heures que nous essayons de nous dépanner sous les yeux ébahis des gérants de la station, se sentant impuissants. Et toujours pas de dépanneuse. Vide d'idées et d'énergie, nous remontons dans les voitures pour attendre la dépanneuse.
Ma femme me dit que les problèmes ont commencé quand nous avons éteint les codes en s'arrêtant à la station. Je me moque un peu. Et je ne sais pas ce qui m'a pris, dans une ultime volonté tel un condamné à mort, je mets le contact et allume les codes. Tous les voyants du Stack s'illuminent subitement et la pompe à essence ronronne! Je relâche le bouton, plus rien. Quand je l'enfonce complètement, ça remarche. Nous reprenons espoir. J'en tremble même. J'imagine déjà coller un scotch d'une manière ou d'une autre sur ce bouton afin de nous ramener en France. Matt flaire quelque chose de louche dans le faisceau sous le tableau de bord. Il se met à l'envers dans l'habitacle et commence à inspecter. Il me fait remarquer qu'il y a comme une molette manuelle. Les fils apparents qui s'y rattachent sont déconnectés. Selon moi, ce truc ne sert à rien. Il insiste en bougeant la molette. Je mets contact sans toucher au bouton des codes. J'entends un « clac » de la molette et tout reprend vie par miracle. La voiture démarre. Nous avons trouvé! La molette que je croyais inutile est en fait un coupe circuit supplémentaire. Après cet épisode, la joie déborde et je pourrais être capable de faire la bise sur la truffe d'un lion en rut. Les gérants n'en reviennent pas et sourient de nous voir tous guillerets.
Finalement tout s'éclaire. A l'arrivée à la station, nous avions échangé le volant avec ma femme. En m'installant coté passager, j'avais remis la glacière à mes pieds en la plaquant sans le savoir sur la molette qui s'est mise en position arrêt. Saloperie de panne à 10 centimes ! Bon allez, on chantera des louanges au ciel en roulant, nous sommes à la bourre. Il est 17h00 passé et nous devrions être arrivés à Sospel. Nous enquillons la route italienne et repassons coté France.

Passage par le tunnel du col de Tende
Tout heureux, je salue quelques passants qui ne comprennent rien. Nous descendons vers Sospel en mode rapide. Pause à Sospel, les mécaniques trépignent et nous avons faim. J'invite ma femme à mettre les harnais, ça va chauffer des marrons. Je passe en premier, personne sur la route. Les instants sont si intenses que je suis dans un état second. L’Elise aussi. Le moteur, la boite, les freins se dégourdissent. Nous nous enfilons le col de Brouis et le Turini. Après autant de déconvenue cet après midi, les premiers kilomètres de la RGA nous regonflent à bloc. Arrivée à l'auberge, c'est avec émotion que nous partagerons le souper du soir avec les autres compagnons de route.

Arrivée à Sospel
