Une nouvelle venue dans mon garage…
Voilà il y a quelques mois, je me séparais de la Volvo 123GT de 1968 après bien des années de rallyes et de sorties. Ayant décidé de ne plus faire de virées hivernales et roulant en cabrio l’été, elle n’avait pas roulé durant les 18 derniers mois. De manière aussi sympathique que rapide, elle est maintenant chez son nouveau propriétaire, quelqu’un qui saura l’apprécier parmi ses autres belles automobiles.

Une vaillante Volvo !
Comme la Nature n’aime pas le vide, j’avais bien une idée !
La découverte du Light is right avec ma Lotus SC m’a rappelé des sensations déjà effleurées avec les anciennes aussi légères que nos voitures modernes. Je me trouvais devant deux options light : une Porsche 2.0S de 67 avec un historique et une préparation d’usine limpides (et un budget costaud) ou explorer plus encore le monde du LIR…
Le vendeur de la Porsche n’étant pas encore mûr (un jour viendra, je suis patient…), la 340R devint une idée, une perspective, puis une évidence ! En plus, une Lotus 340R, son exclusivité, son concept extrême, est un véhicule inédit, sans doute pour toujours, dans l'industrie automobile !
Lors du Classic British Car Meeting de Morges de 2000, j’ai vu pour la première fois une Lotus 340R : rien de comparable n’existait jusqu’alors (ni depuis lors…), surtout avec une homologation suisse ! Cette vision est bien ancrée même si, à l’époque, c’étaient les Corvette qui animaient ma passion automobile. Bon, J’avais quand même aussi une petite Triumph TR4 dans le garage.
En tous les cas, depuis le début de cette année 2011, l’idée progressait en surfant sur le net… Ce printemps, un Lotus addict, Emilotus (il se reconnaitra!), s’en trouvait une splendide chez Kumschick. Dès son retour de Bourbineland, avec une générosité rare, il me proposa de prendre le volant de son nouveau bijou : la messe était dite, le piège s’était refermé. Mes recherches commencèrent sérieusement.
Avec les 340 exemplaires construits (LHD et RHD) et la petite vingtaine importée officiellement en Suisse (entre 12 à 17 selon les sources), le marché est plutôt "très étroit" ! Et je cherche exclusivement une LHD.
Internet est mon ami : les deux premières considérées étaient italiennes. L’une chez un concessionnaire autiste, à oublier tant il m’a baladé, gonflé (Ciao N°1), la deuxième chez un particulier assez particulier… les photos présentent un véhicule avec nombre de modifications. Les explications du propriétaire sont croustillantes ; parmi celles-ci, un ami lui aurait cassé le moteur en allant laver la voiture. Mais un motoriste réputé à Rome lui a refait un moteur exceptionnel… Problème : aucune trace de ce fameux motoriste, même du concessionnaire Lotus de Rome (Ciao N°2).
La suivante se trouva en Belgique. Contact avec le vendeur hyper sympa, mécanicien chez un concessionnaire Lotus. On est d’ailleurs toujours en contact. Proche d’aborder la phase de négociation, il apparaît que sa 340R a été immatriculée pour la première fois en 2001, soit au régime européen antipollution en vigueur depuis le 01.01.2001 qui, pour une émission d’hydrocarbures en excès de 0,0066 gr. à la norme EURO3, rend l’importation impossible (Adieu N°3). Il faut impérativement une immatriculation 2000 pour être sous le régime EURO2, ce qui réduit encore un peu plus le choix…
Les semaines passent et les 340R sérieuses sont rares. Celle à vendre en Suisse chez un concessionnaire est juste trop chère. Il y en a une belle en Norvège, jamais immatriculée, moins de 200 km mais impossible à importer et apparemment exclusivement à immatriculer en Norvège (hors effets de déménagement) ! Une autre au centre de la France est la propriété d’un vendeur qui aura changé de version à chaque téléphone (Adieu N°4). J’apprendrai qu’il s’était fait renfiler une merguez qu’il essaie de revendre… Une patate chaude. Les commerçants (courtiers ou garagistes) ont été, pour la majorité, une déception. D’ailleurs, certains ne répondaient même pas aux demandes de renseignements ; Vendeurs ? Vraiment ? Mais encore, l’étonnant comportement d’un concessionnaire du Sud de la France avec une 340R qui aura été à-la-vente/vendue/réservée/reprise, tout cela simultanément ! Et d’autres encore du Sud ou du Nord de l’Allemagne, le marché qui me semble le plus sérieux cependant. Un concessionnaire sortait du lot du côté d’Hamburg. Passionné, sympa et une belle voiture mais un peu loin…Sa voiture aurait été mon deuxième choix…
Et puis, un dimanche soir… juste la réception d’une réponse automatique à mes recherches enregistrées sur la plupart des sites de petites annonces. Ce sera ma future 340R.
Elle est à Stuttgart, propriété d’un passionné d’automobiles de sport. Il possède une S1 160 depuis 6 ans et encore d’autres sportives. Il a roulé plus de deux ans avec sa 340R achetée à son premier propriétaire qui ne l’avait roulée, lui, que 6'000 km. Il veut la vendre car il la trouve trop extrême et un toit lui manque ! Deux ans en dépôt-vente chez le concessionnaire Lotus de Stuttgart et pas un seul intéressé sérieux !!! Si le prix était alors supérieur, c’est plutôt la particularité de la carrosserie de sa voiture que je qualifierais de "spéciale" et qui a dû en décourager plus d’un.
Donc, deux ans sans une touche, il perd patience et poste une annonce sur mobile.de avec un prix sensiblement baissé. Et je fus le premier à lui répondre, juste quelques heures après parution… Rapidement, nos échanges de courriels, auf Deutsch bitte, deviennent cordiaux. Toutes ses réponses à mes multiples questions (questionnaire très bien rodé à la longue) savent me satisfaire. Nous arrivons à nous entendre sur un prix très intéressant (pour moi !) car il en a marre d’attendre et n’est pas à EUR 1'000.- près. L’affaire est faite au téléphone et par email avec copie au concessionnaire qui livrera la voiture, le vendeur étant en voyage professionnel à l’étranger.
Donc, il fallait faire fi de la couleur carrosserie (et qu’y a-t-il dessous le wrapping ?), d’une immobilisation de deux ans et… du désintérêt apparent pour ce véhicule par la communauté Lotus ! (un vice caché, un problème occulté ?). J’étais prêt à monter en Allemagne et à revenir à vide ! Et comment aurais-je pu monter en Allemagne sans le sorcier Lotus de mon coin, Hans-Paul von Corseaux ! Deux paires d’yeux valent mieux qu’une ! Et un pur passionné des 340R…
Comme il faut battre le fer quand il est rouge, je décide un mardi soir de septembre de faire l’aller-retour le jeudi. Rendez-vous pris pour 4h du matin devant le garage Cristal. On monte sur Neuchâtel pour prendre le véhicule-pont d’un ami puis direction Schaffhouse. Gros brouillard jusqu’à Soleure, bouchons traditionnels sur Zurich et premier café-cigarette-cigare après Schaffhouse, avant la douane allemande. Il faut dire que la préparation du voyage était particulière, les plaques U de Jean-Paul sur le véhicule-pont d’un tiers avec bibi au volant (mais avec toutes les assurances et décharges ok) auraient pu éveiller les suspicions d’un douanier allemand tatillon. Il n’en a rien été. Bien au contraire, ces douaniers étaient des papis rigolards en nous demandant ce que nous allions chercher en Allemagne. A l’énoncé du nom Lotus, les deux ont eu le sourire aux lèvres et nous ont souhaité bonne route.
L’autoroute est belle, de grosses allemandes nous dépassent à des vitesses impressionnantes… Nous arrivons dans la banlieue de Stuttgart à l’heure mais un bug du GPS Garmin et une bretelle peu claire nous ferons perdre une heure dans les bouchons (un bouchon de 6 km pour une tondeuse à gazon!). Finalement, nous arrivons chez le concessionnaire vers 11h00. La concession est en chantier, un peu le bronx mais le parking contient 3 Evora presse de l’usine Lotus. Ils viennent d’envoyer la F1 de Kubica stockée chez eux pour le stand Lotus à l’IAA de Francfort : le garage est au mieux avec Hethel, c’est déjà bien ça !
La 340R est dans le hall d’exposition. Le premier coup d’œil n’est pas rassurant. Nous faisons connaissance de Susanna. Aah, Susanna. Déjà au téléphone, une voix d’hôtesse de l’air à faire fantasmer ! Mais qu’elle est mignonne du haut de ses 24 ans… Bien plus mignonne que la 340R…
La voiture est sale après deux ans dans un sous-sol poussiéreux, remisée sans avoir été nettoyée préalablement, le wrapping est encore plus moche qu’en photo, la batterie est morte (6.5 heures d’atelier pour la changer car il faut enlever la carrosserie mais le vendeur déduira ces frais du prix de vente), il manque le livret de service plus 2-3 trucs… La première impression est très mitigée. Juste les pneus ont été cirés à la va-vite (par Susanna) avant notre arrivée. Je dis à Jean-Paul, "on checke tout mais on n’hésite pas à rentrer à vide !"
Démarrage au booster de Jean-Paul, celui du concessionnaire est mort… La course d’essai sera pour Jean-Paul, accompagnée de Susanna qui connaît la banlieue de Stuttgart. Après 20mn, ils reviennent les deux. Jean-Paul tire la gueule ! "Putain, elle cliquète grave sur le couple !" Qui ? Susanna ? Le chef d’atelier fait juste un tour du parking au volant de la 340R. Ja, ja, elle cliquète grave ! Sinon, elle lui semble saine : boîte à vitesse, freins, châssis, tout fonctionne correctement. Mais… elle cliquète grave. On l’ausculte sous toutes les coutures. Sous la saleté, elle est conforme aux propos du vendeur et aux dires du concessionnaire qui ne se souvient pas d’un problème de cliquetis…
En fait, le réservoir est presque vide avec apparemment une essence de deux ans d’âge… Est-ce juste de l’essence frelatée ou beaucoup plus grave ? On laisse tomber ? Elle n’est vraiment pas engageante ainsi ; tout le contraire de Susanna…
Grosse interrogation ??? Pesée du pour et du contre… Et Jean-Paul de me dire "c’est toi qui vois !"...
Je gamberge une demi-heure… Et puis, je décide de la prendre. Je pars d’une voiture qui présente mal, qui n’aura convaincu aucun acheteur pendant deux ans… Mais je prends quand même le risque! J’ai l’habitude avec les anciennes d’acheter des voitures qui ne sont, et de loin parfois, pas au mieux esthétiquement mais saines néanmoins! C’est un pari. Mais sans Jean-Paul, je n’aurais pas franchi le pas car il aura tout de même eu un bon feeling avec la voiture qui, manifestement, n’a jamais été brutalisée et dont le châssis est irréprochable…
Je fais la paperasse pendant que JP verse une larme devant une superbe fresque d’Ayrton Senna au volant de la Lotus F1-JPS. On charge la 340R sur le pont et retour direction la Suisse.
Ayant décidé de dédouaner à Bâle, nous empruntons l’autoroute sur Karlsruhe. Grosse erreur, cette autoroute n’est qu’une succession de chantiers et de bouchons. Après un sandwich et un coca à une station-service glauque, on roule et on fume, on fume, on fume. JP a dû prendre une cartouche de cigarettes, non ? Et de me répondre : "Et toi, sur la journée, tu auras bien fumé un mètre de cigares, non ?". La vache, il a raison !!!
On arrive finalement à Bâle. Durant tout le trajet, on ne compte plus les pouces levés, les regards interloqués sur la 340. C’est certain, le wrapping plait aux pékins. Le dédouanement durera environ 1 heure dans une ambiance qui balance entre une administration fédérale caricaturale entre sa lenteur, ses multiples tampons et le capharnaüm d’une entreprise grecque productrice d’olives vertes du côté des transitaires. Ping-pong entre les guichets, re-tampons par-ci par-là… Et le fonctionnaire suisse de prétendre que la facture est bidon car le prix est trop bas… Heureusement que j’avais imprimé les annonces web et mes échanges courriels avec le vendeur… Finalement, on sort du bâtiment avec le 13.20 et tous les papiers d’importation. Ca, s’est fait !
En sortant du port-franc, un Xème fonctionnaire nous demande la quittance "acquitté" pour nous laisser sortir en ne manquant pas de s’extasier sur la voiture de course chargée sur le pont… "Non, non, elle peut rouler sur route !". Puis, sa jeune collègue de vouloir nous faire payer une vignette autoroutière ! Mais, nul besoin avec des plaques de garage ? Et son collègue âgé de nous dire avec un puissant accent suisse-allemand "Entschuldigung, elle est jeune et blonde !".
On arrive finalement à Neuchâtel vers 19h30. JP me fait encore un petit stress du côté de la Neuveville "t’as pas vu le flash rouge ? Non, quel flash rouge ?". Bon, toujours rien reçu, c’est JP qui voit le mal partout…
Enfin, on décharge et direction la maison. Je prends le volant de la 340R avec un plein de 98 et une appréhension certaine… JP prend ma SC. Après une vingtaine de km, le VHPD ne cliquète plus, il ronronne. Pari gagné… Arrivé à la maison, fourbus, nous nous quittons en appréciant la vision offerte par la 340R dans le garage, à côté de ma Cadillac de 1918… Choc des époques et des genres…
Le week-end suivant sera dédié à enlever ces autocollants si mal posés et dénaturant la voiture. Bilan : dessous, une carrosserie en excellent état et pour moi, quelques cloques aux doigts et deux sèche-cheveux grillés !
Et, rétrospectivement, il valait mieux réagir vite : samedi soir je recevais un message et un téléphone d’un allemand qui me demandait à quel prix je serais revendeur de ma 340R ! Depuis, j’ai encore reçu un autre message d'Allemagne du même acabit…
La semaine suivante, j’amène la voiture chez le sorcier pour un check-up complet : état des lieux, vidange tous liquides, pneus neufs, réglages, préparation à l’expertise. Ah oui, en Allemagne, ils ont perdu l’écrou antivol, prise de tête pour enlever les roues… Mais ils ont retrouvé le livret de service. Remplacement de quelques pièces, pose du catalyseur et liste de commande de pièces pour les travaux d’hiver qui seront entrepris prochainement.
La prochaine étape est l’expertise et l’immatriculation de la 340R. Début novembre, rendez-vous est pris au SAN à la Blécherette. JP et moi y passeront un après-midi entier ! Ambiance "particulière », ils auront tout ausculté mais la voiture est en excellent état et conforme à l’original. Cela nous procure une authentique jubilation, surtout quand certains inspecteurs font des commentaires de blaireaux. Dès que l’on sort de la norme, et c’est bien le cas avec une Lotus 340R, deux catégories d’inspecteurs se distinguent immédiatement: ceux qui, à défaut de la partager, comprennent notre passion et travaillent correctement et ceux, malheureusement, qui seront très motivés à dénigrer le jouet, voire à lui trouver tous les défauts possibles mais surtout imaginables. Sans parler de l’inspecteur qui a fait l’essai et qui engagera la marche arrière au lieu de la 4ème… Même pas un mot d’excuse… Etouffé par la honte ?
Enfin, la visite est réussie ! "Mais nous n’avons pas les plaques, votre commande sur internet n’a pas été enregistrée, le système connait quelques problèmes. Revenez demain après-midi".
Un e-mail reçu le lendemain en fin de matinée confirme que la carte grise et les plaques d’immatriculation sont disponibles au SAN. Je m’y rends à 16h00. L’employé, très sympa, me pose plein de question sur la 340R en préparant la carte grise. Tout est prêt. Mais… Il a perdu mes plaques qu’il avait laissé sur sa place de travail pendant sa pause lunch. Après 10mn de recherche, il comprend que l’un de ses collègues a pris mes plaques pour les donner à un garage… Grandiose. J’ai attendu près de 45 mn que ce garagiste, victime comme moi, les rapporte au SAN. C’est fichtrement amateur, quand même !!! Clin d’œil : le numéro choisi est 148'---. "1" pour la première Lotus, "48" pour 1948 !
Enfin, elle est totalement mienne ! Samedi 14h30, je la reprends au Garage Cristal.
Elle est nickel. Contact, le VHPD s’ébroue de sa manière si particulière et si ensorcelante. Gaz. Près de km 200 de pur bonheur à travers la campagne et les gouttes de pluie. Elle arrive de nuit à la maison, sale mais si enthousiasmante… Quel bonheur, mais quel bonheur. Dimanche, ce sera encore km 150 sous un beau soleil.
Pour la suite, il y aura le montage de cet échappement titane de chez BlueflamePerformance, celui qui était une option Lotus à l’origine. A ce titre, j’en ai encore deux neufs à vendre car ils ont exceptionnellement accepté d’en reproduire une série minimum de cinq marmites. C’était la condition imposée...et encore quelques bricoles…
J’adore cette voiture. Elle est un trait d’union parfait entre les anciennes et la voiture moderne dans sa plus pure expression sportive. Exclusive, collector, fun...
Ah ! Pour les aficionados, last but not least : Ma Lotus 340R, c’est la N° 111…
Et un grand merci à Jean-Paul pour son assistance, sa passion partagée pour la 340R, entre autres Lotus, et les bons moments passer ensemble. Cela contribue tant à la passion automobile, les relations humaines qu’elle sait si bien procurer…
A bientôt sur la route du Light is right…